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Les missions médicales

Premier trimestre 2000

Le PHANS a quelques mois. Le docteur Benoît BARTHELME nous rejoint et un détonnant triumvirat est né. Une nouvelle mission a lieu au Bénin au premier trimestre 2000.

 

L'instruction reste un facteur de développement important.

Les transports se doivent de rentabiliser le litre de carburant. L'adduction d'eau est délivrée par l'énergie musculaire.
Frédéric et Benoît opèrent.

 

Articles associés publiés dans les bulletins du PHANS

LE MOT DU PRESIDENT
Docteur Vincent STOFFEL
Bulletin 1


Notre jeune association, le PHANS (Projet Humanitaire Afrique Nord Sud) intervient dans les pays du Sud à la demande d’organismes locaux non gouvernementaux pour l’aide au développement médical. KPONOU, association béninoise, nous a invité dans la sous-préfecture de Bonou pour y effectuer une mission médicale début 2000. Cette sous-préfecture rurale béninoise compte un médecin pour 32000 habitants et recense une pléthore de problèmes sanitaires. Notre mission y a réalisé en neuf jours près de 500 actes médicaux dont interventions chirurgicales (abcès évolués surtout) et extractions dentaires (l’extraction étant la rançon de la carie en situation médicale précaire).
Au-delà de ces chiffres, c’est une aventure humaine que nous avons vécue, aventure débutant bien au nord du tropique du Cancer. En amont de cette première mission, les fondateurs du PHANS ont oeuvré, certains dans leur domaine d’excellence professionnelle (secrétariat, visite médicale), d’autres dans celui de la compétence acquise (comptabilité), pour que les trois médecins missionnaires puissent concrétiser avec succès ce premier galop d’essai. Sur le terrain, l’aventure s’est poursuivie entre les missionnaires, récidivistes de l’humanitaire, à travers une solidarité qui leur a permis de débrouiller au mieux les dures réalités de la médecine de première (et souvent de dernière) ligne. Histoire d’amour également entre le berceau de l’humanité qu’est l’Afrique et les trois compagnons ; grande leçon d’humanisme, de sagesse et de tolérance à nouveau prodiguée par ce mystérieux continent. Choc culturel inverse à notre retour à l’aéroport de Bruxelles : où est passé le sourire communicatif de notre alter ego africain ? Rapidement s’enchaînent les entretiens avec les journalistes de la presse haut-rhinoise (communication oblige), les conférences avec diaporama et le retour d’information auprès des financeurs qui nous ont mis le pied à l’étrier (LIONS de Guebwiller et CMDP de la Vallée de la Doller) en pariant sur le succès de notre jeune PHANS. Et déjà le goût des prochaines aventures africaines du quatrième trimestre 2000.
Merci aux bénévoles du PHANS, merci aux membres souscripteurs de nous permettre de former par compagnonnage les agents sanitaires africains de la sous-préfecture de Bonou, formation qui vise à l’autonomie sanitaire. Merci aux
donateurs, aux financeurs et aux futurs financeurs d’étayer par leurs subventions le pont que le PHANS construit entre les pays privilégiés du Nord et les pays en voie de développement du Sud. Merci à nos familles de nous laisser ces espaces de liberté et d’aventures.
" De tout ce que l’homme bâtit ou réalise, rien n’est meilleur et n’a plus de valeur que les ponts". Ivo Andric

 

UN NOTABLE RURAL AU BENIN : ACHILLE DEGHINON DIRECTEUR D’ECOLE
Docteur Benoît BARTHELME
Bulletin 1

Achille Deghinon, est directeur d’école à Dogba, village de cultivateurs-pêcheurs au bord du fleuve Ouémé au Bénin. Il a dans son école 140 élèves. Il est aidé par un maître auxiliaire qui a été embauché par l’association des parents d’élèves du village. Comme il est "lettré", qu’il parle la langue vernaculaire des béninois, le fon, mais qu’il sait lire et écrire le français, il fait partie des notables du village et préside le CO.GE.C., COmité de GEstion du Centre de Santé. Ce centre de santé a été créé à l’initiative des villageois eux-mêmes en 1993. Ce sont eux qui ont construit le centre de consultations en banco, terre malaxée avec un mélange de paille et séchée selon la méthode africaine traditionnelle. Ce bâtiment n’a bien sûr, comme toutes les autres maisons du village, ni électricité, ni eau courante, ni toilettes. Mais il existe et fonctionne avec un aide-soignant qui examine, prescrit puis soigne tous les maux courants des villageois.

Achille est un personnage sympathique, la trentaine, un air malicieux, l'œil vif et un rire communicatif. Ses responsabilités et son statut de notable lui font rencontrer l’ensemble des personnages importants : le maire élu de la commune, les différents chefs traditionnels de chaque village, les membres des différentes associations qui tissent un réseau de liens complexes dans la société africaine rurale traditionnelle. Les réunions qu’ils entraînent sont l’occasion de palabres interminables. Elles sont présidées par le plus ancien ou le plus respecté des participants. Chacun écoute religieusement avant d’émettre son avis, on n’interrompt pas l’orateur. Les vérités sont dites, argumentées, précisées avec patience et conviction. Les décisions sont chacune soigneusement négociées jusqu’à obtenir un consensus dans l’assemblée. La réunion se termine par une "béninoise frappée", bière locale que l’on est allé acheter au seul villageois propriétaire d’un frigo à pétrole.
Achille est chrétien, comme 80 % des béninois, mais il adhère aux rites vaudous, la religion animiste traditionnelle du pays et sait à merveille en expliquer les bases, les tabous ou les interdits, les totems familiaux. Il connaît la figuration des ancêtres sous forme de fétiches, les "asányi" qui sont toujours consultés pour prendre les grandes décisions. Surtout, il dispose d’un "cahier noir" où il inscrit les recettes magiques pour faire le bien et le mal mais les recettes ne doivent servir que pour faire le bien ou pour se défendre d’un sort. Voici quelques titres des recettes inscrites dans ce "cahier noir" : recette pour éviter les dangers, recette pour contrer les gris-gris, recette pour punir la femme qui commet l’adultère ou l’homme responsable d’adultère. Voici une recette "contre ennemi" : il faut du bois sec, du maïs grillé, des haricots grillés, creuser neuf trous, mettre dans chaque trou du maïs et des haricots grillés, mettre dessus un "so", bout de papier sur lequel est inscrit le nom de l’ennemi.
Tous les jours où il y a école, Achille descend à la rivière, hèle un piroguier pour la traverser et se rendre à son école. L’école est composée de deux bâtiments, des cases traditionnelles surélevées pour éviter les inondations de l’hivernage et qui ont été construites par les parents d’élèves.
Derrière ce directeur d’école se détache en filigrane une vraie société avec ses liens, son histoire, ses traditions, son travail, son désir de progrès et d’émancipation mais aussi sa pauvreté, son manque de moyens ; une société si différente et pourtant si proche de la nôtre, une société qui nous inspire curiosité et sympathie.